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Lecture : Fausses pelles de Benoit Decock

publié le 23 oct. 2016 à 06:11 par AIA Rameurs-Tricolores   [ mis à jour : 25 oct. 2016 à 07:10 ]
A lire, "Fausses pelles" de Benoit Decock, un ancien rameur international (*) de la SN Compiègne, aux éditions SALTO.


Benoît Decock, par la voix de Pierre, enfant, adolescent puis adulte raconte l’aviron… et même un peu plus : l’exigence de discipline, de rythme et de cadence, la passion et la liberté, l’harmonie avec l’eau, les paysages.
L’écriture poétique et décalée évoque des souvenirs teintés tour à tour d’humour, d’autodérision et de gravité : plaisir d’être sur l’eau, courses, victoires, entraînements, amitié, femmes, effort, douleur, émois.

Avec Fausses pelles, Benoît Decock peint une fresque impressionniste de portraits hauts en couleur, d’ambiances en demi-teinte, de déconvenues… de fausses pelles !
ISBN : 979-10-95408-06-2
Format : 14×21 – 144 pages
Prix de vente public : 16 €
Sortie : 12 octobre 2016
Extrait 1 
Avec mes épaules d’ablette, mes cannes de serin flottant dans un short taille douze ans, petit, léger et frais, les grands m’ont vite repéré quand je suis arrivé au club d’aviron. Ils cherchaient un barreur, un petit bonhomme, pour compléter leur équipage et enfoncer suffisamment la coque de leur bateau pour arriver à bonne jauge. Un poids, rien que du lest, qui accessoirement, pourrait diriger l’embarcation le temps d’une sortie.

Extrait 2
Je me vois déjà à l’arrivée, brandissant la coupe avec les copains devant une foule en liesse. C’est à ce moment que venu de nulle part, m’arrive un violent coup de poing dans les dents, un peu comme ceux que le gros Totof distribuait à la récré, à la différence près que cette fois l’impact reste collé sur ma figure au point de me faire basculer en arrière. Les pieds coincés dans la barre de pieds, je ne peux pas me dérober face à ce coup qui appuie ensuite sur ma gorge, puis sur mes côtes, à me couper le souffle. Je lutte, mais ce qui pousse est beaucoup trop fort. Contraint à m’allonger, le manche de l’aviron vole au-dessus de mon visage et s’en va derrière moi. C’est une fausse pelle, et une sévère ! Le bateau est freiné. Il s’arrête, presque complètement.

Extrait 3
Mon entraîneur rêvait de réconcilier les rameurs et les mariniers. On navigue sur les mêmes eaux, mais il y a un monde qui nous sépare. Il y a ceux qui travaillent et ceux qui s’amusent. Les mariniers ne perdent pas de temps à ralentir pour le passage des promeneurs, et les rameurs râlent ou insultent les péniches qui font trop de vagues. Les échanges de bordées de jurons, tantôt en flamand, tantôt en français, jetés par-dessus bord sont monnaie courante. Mon entraîneur nous demandait de respecter cette profession ; il se sentait du même monde. Assis dans son canot moteur, il leur faisait toujours un signe de la main. Parfois un batelier lui répondait. Il vivait de petits boulots : surveillait dans les internats, rendait de menus services, coupait du bois, bricolait chez les veuves, vidangeait les voitures, braconnait, ramassait des noix ou des champignons qu’il vendait aux restaurants.

(*) Benoit Decock fut notamment médaillé d'argent à la Coupe des Nations 1992 en 8+.