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Le Quatre de la presse.

publié le 9 févr. 2016 à 05:03 par AIA Rameurs-Tricolores   [ mis à jour : 10 oct. 2016 à 07:32 ]
Gourlé-Fornara-Bosdeveix-Dolinski en stage à Malbuisson
En ces temps difficiles pour l’aviron « toutes catégories » masculin français, il semble intéressant de se rappeler la préparation olympique 1973/1976, une autre période malheureuse pour nos sélections nationales.

La saison 1973 débutait par un week-end de sélections sur le bassin de Tours. Ces trois jours furent l’occasion de rassembler tous les rameuses et rameurs français pour sélectionner les équipages de la saison et qui participeront aux matchs des 3 nations TC avec l’Allemagne, les Pays-Bas et la France et des 5 nations « espoirs » (-23 ans aujourd’hui) avec l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, la Suisse et la France. Hormis le deux barré TC - Yves Fraisse (CN Roanne), Jean-Claude Coucardon (SN Marne), bar. Antoine Gambert (SN Marne) - et le deux de couple TC - Jean-Noël Ribot (CN Nice), Roland Thibaut (ASP Police) - ce week-end de Pentecôte n’avait laissé entrevoir que de médiocre résultats des rameurs de l’équipe de France, notamment en pointe où ceux-ci furent battus par un équipage de jeunes du Bataillon de Joinville (BJ) qui triplaient en gagnant les 4-, 4+ et 8+. 

Par la suite, les résultats des matchs confirmaient la première impression. Il n’y avait pas d’autre équipage français à niveau.

Fraisse-Coucardon (bar. Gambert) en 5ièmes en finale.
La fédération ne retenait que la minuscule sélection masculine du deux barré et du deux de couple pour les championnats d’Europe de Moscou (1).  L’annonce fut claire et sans équivoque :« Les rameurs de pointe français sont trop nuls (sic), on ne monte pas d’autre bateau pour les championnats d’Europe 1973 ».
Les deux seuls bateaux masculins  participant aux championnats d’Europe à Moscou revinrent avec une 5ième place (2+) et une 6ième place (2X). Les féminines pour leur part classaient leur 4 de couple barré – Dominique Cologni (Aviron Romanais), Muriel Lefèbvre (SN Compiègne), Françoise Ménardais (RC Marseille), Marie-Claude Sulin (SN Perreux), bar. Marie-Hélène Gin (YR Cognac) – à la 6ième place et le skiff (Annick Antoine) à la 8ième.

Janvier 1974 voyait la construction d’un 4 barré "fédéral" basé à l’INS (2) avec des rameurs choisis par la DTN : Jean-Jacques Mulot (SN Oise) , Bernard Bruand (YRC Cognac) et Jean Perrot (EN Bergerac) barrés par Alain Lacoste (SN Marne), tous quatre issus du huit du BJ demi-finaliste olympique à Munich 1972,  et Patrick Bosdeveix (AS Mantaise), jeune espoir du BJ 1973. Après plusieurs régates internationales aux résultats moyens, le bateau se séparait en deux paires.
Début août 1974, à un mois des championnats du monde, se déroulait un « Championnat de France Seniors Mixtes » ouvert à tous les équipages (internationaux, mixtes de clubs). Une nouvelle fois, chez les hommes, les équipages de pointe qui en ressortaient n’apportaient pas d’éclairage international à la FFSA. Celle-ci restait sur ses positions de l'année précédente : « Hormis le deux barré, les rameurs de pointe français sont nuls (sic). Il n’y aura pas d’autre bateau de pointe chez les hommes aux mondiaux de Lucerne 1974 ».

Les rameurs, les entraineurs et le monde de l’aviron français restaient abasourdis par cette décision sans retour. Et ils n’étaient pas seuls. La presse nationale et régionale représentée notamment par L’Equipe, Sud-Ouest, Le Parisien Libéré, Paris-Normandie et le Figaro se fâchait et lançait une campagne sans précédent soulignant que l’aviron français n’avait pas à avoir honte de ses rameurs et que notre fédération devait présenter au moins un bateau long de pointe masculin au mondiaux, ceci d’autant plus qu’ils se déroulaient à Lucerne.
Sous la pression, la fédération révisait sa copie, convoquant en urgence cinq jeunes rameurs tous médaillés d’or aux championnats de France de Tours, Gérard Gourlé (SN Soisson), Michel Dolinski (SN Soisson ) et Jean-Pierre Guétrot (CN Versailles) issus du 8+ du BJ 1974, Serge Fornara (CA Evian) issu du 4- savoyard, Patrick Bosdeveix (AS Mantaise) issu du 2- (et du 4+ fédéral). Un quatre sans barreur devait impérativement être constitué pour préparer sa sélection pour Lucerne lors du handicap de fin de stage terminal à Bellecin, deux semaines plus tard.

Des quinze jours de stage à Malbuisson sorti le bateau que les journalistes nommèrent le « Quatre de la Presse » Gourlé-Fornara-Bosdeveix-Dolinski d’une moyenne d’âge de 20 ans. Ce bateau préparé par Yvon Petit terminait la régate « handicap » avec brio et se qualifiait pour les mondiaux de Lucerne.

Le quatre sans barreur (ligne d'eau 3) au départ de la petite finale.


Deux semaines plus tard, cet équipage, vainqueur de la petite finale, se classait 7ième des mondiaux, manquant son entrée en finale de peu suite à quelques erreurs de jeunesse. Dommage, car leur 4ième chrono mondial laissait à penser que nos pointus français n’étaient pas si nuls qu’on l’avait dit.

Patrick Bosdeveix

(1) Les championnats du monde ne se ramaient que tous les 4 ans en alternance avec les JO
(2) Aujourd’hui l’INSEP