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Stany Delayre : Le bleu en moins…

publié le 11 févr. 2018 à 06:37 par AIA Rameurs-Tricolores   [ mis à jour : 11 févr. 2018 à 06:56 ]

Stany Delayre nous a autorisé à publier ce bel articles rédigé suite à l'annonce de sa retraite internationale, début février 2018. Nous l'en remercions vivement et lui souhaitons de tout coeur une belle et heureuse vie, loin des bassins internationaux.

Le bleu en moins…
(STANY DELAYRE·VENDREDI 9 FÉVRIER 2018)

Il n'y a finalement pas tant de moments où l'on doit prendre une décision qui orientera profondément le reste de sa vie. Certains s'imposent à nous, comme une évidence. Et c'est plus "le dire" qui rend l'instant particulier car, en fait, on le savait un peu, déjà.

J'ai souvent porté les couleurs de mon pays et de mon club durant ces seize dernières années. Du rouge, du blanc, du bleu. Source de fierté ; j'ai connu tant de chose au travers de l'aviron. Aujourd'hui, je décide de laisser le "bleu" sur le bord de ma route. Alors non, je ne me lèverai plus tous les matins en pensant d'abord à ce que va dire la balance mais je n'entendrai plus Martin Cross parler de "Stani Delaheire" au micro de World Rowing. Alors non, le "Père Noël" ne passera plus autour du mois d'Avril sur les berges d'un lac gersois mais je n'entendrai plus résonner la Marseillaise drapé dans un étendard tricolore. Alors non, je n'aurai plus régulièrement à me demander si c'est le troisième ou le deuxième C2 mais je ne parcourrai plus le monde avec une belle bande de copains.

Je suis heureux de cette décision. Celle-là, je la subis aussi, mais elle est la mienne. Depuis le dernier stage terminal de 2017, j'ai laissé les choses venir, tant sur le plan physique que mental. Le titre de Sarasota a montré que tout était bien en place. Et puis le temps de la reprise est venu, sans véritable envie. J'avais un sentiment d'usure globale ; pas forcément pour faire mais pourquoi le faire ? Tout semblait me dire qu'il était temps. La fin d'un cycle, d'une formidable tranche de vie, d'une aventure rare dont je garde le sentiment précieux du travail bien fait. Pas parfait, non, quelques objectifs manquent à l'appel (c'est toujours un peu "chiant" la perfection, n'est-il pas ? ^^). Mais j'ai eu l'indéniable chance de croiser des gens qui m'ont permis d'atteindre l'excellence dans une discipline sportive qui demande engagement, rigueur et sacrifices au quotidien. Lorsque Jérémie m'annonça qu'il ne renchainerait pas, quelques hypothèses reculèrent l'échéance dans mon esprit. Mais le chemin vers Tokyo paraissait finalement toujours aussi lointain et finalement pas plus rectiligne. C'était l'heure : place aux jeunes !

Mon sport est ainsi. Tu saisis ta chance, on te passe le flambeau d'un bateau, tu fais tout pour le faire évoluer dans le meilleur du possible puis, à ton tour, tu le transmets. Il n'y a pas de "deuxième division" ou de "retraite dorée" en aviron. On doit couper court. J'ai fait partie d'une belle génération de rameurs. Des guides m'ont montré que la victoire était possible si on s'en donnait les moyens. J'ai eu des coéquipiers de grande qualité sportive et humaine. J'ai eu l'honneur de participer à l'émergence et au succès d'une embarcation performante aux côtés d'un type,… comment dire ?..., y'a pire ! Je ne suis pas inquiet pour la suite. Personne n'est indispensable et je suis certain que ceux qui seront appelés à revêtir la combinaison "bleu-blanc-rouge" auront à cœur de faire comme nous l'avons fait : de leur mieux. Alors oui, le palmarès compte et je n'ai pas à rougir du mien. Mais je leur souhaite avant tout de pouvoir le faire dans le même esprit (#LXMen).

De mon côté, beaucoup de changements mais pas de révolution. Mon engagement auprès de mon club peut désormais prendre toute sa place. Là encore, une histoire de transmission. Même si je connais le job, même si j'ai eu quelques années d'observation, j'ai de nombreuses choses à apprendre dans le cadre de mes fonctions sportives au sein du Sport Nautique de Bergerac. L'héritage est magnifique et ma joie est grande de pouvoir faire ce que j'aime en restant dans ma ville, sur les rives de la Dordogne. C'est un privilège et j'espère être à la hauteur. Là encore, il me faudra trouver la bonne voie. Sur un plan plus personnel, je dois bien avouer que ne plus avoir à se soucier du moindre petit effet contradictoire avec le planning d'entraînement, le poids ou la forme physique est source d'un actuel sentiment de grande liberté. Profiter des choses simples, de ma famille, mes amis, d'être chez soi me donne un peu le sentiment de retrouver un costume de monsieur "tout-le-monde" et ça, ça me plait bien.

J'espère vous retrouver bientôt au bord de l'eau. Pour soutenir les rameurs du SNB, pour de bons souvenirs à échanger et puis aussi pour s'aligner au départ de quelques belles courses. Tant que mon physique, mon emploi du temps et mes coéquipiers me l'autoriseront, j'enfilerai sans hésiter la combinaison des dragons bergeracois. Pour partager, transmettre, contribuer et parce que filer sur l'eau à la seule force des avirons : c'est mon plaisir !

Je ne listerai pas ici tous ceux qui, de près ou de loin, ont joué un rôle dans cette période de ma vie. J'ai la chance qu'ils soient trop nombreux. Qu'ils sachent simplement que je ne les oublie pas.
Parallèlement, j'en profite pour envoyer un grand "MERCI" à toutes celles et à tous ceux qui m'ont adressé dernièrement de sympathiques témoignages.

A bientôt,
Stany

..."The Phoenix is still alive"...
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