Francoise Whittington une pionnière
- Marc Ventouillac

- il y a 2 jours
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Voilà tout juste 50 ans, en 1976, aux Jeux olympiques de Montréal, l’aviron féminin entre pour la première fois au programme olympique. La France n’engage alors que deux embarcations : le skiff d’Annick Antoine (7e) et le deux de couple composé de Françoise Whittington et Josiane Rabiller (9e) après avoir échoué de peu aux portes de la finale. Cet article de Marc Ventouillac, est consacré au parcours de Françoise Whittington, l’une des premières rameuses olympiques françaises. Ces Jeux marquent le point de départ de l’histoire olympique de l’aviron féminin français et laissent la trace de pionnières.
Après la fin de sa carrière aux Jeux Olympiques de 1976, il y a cinquante ans, Françoise Whittington a coupé les liens qui l’unissaient au monde de l’aviron. Mais il ne faut pas la pousser beaucoup pour qu’elle reconnaisse l’importance que ce sport a joué pour elle : « L’aviron a été fondateur pour moi, même si je ne suis pas restée proche de ce milieu, dit-elle. Il a été fondateur au niveau de l’acceptation de l’effort qui permet de se transcender et d’arriver au résultat escompté. L’aviron, c’est le dépassement de soi, et ce sentiment, je l’ai retrouvé tout au long de ma vie. Tout ça, je l’ai appris grâce à l’aviron… ».

Françoise Whittington a disputé les Jeux olympiques de Montréal, ses premiers et derniers, mais c’était surtout la première fois que les femmes étaient admises à ramer sur un bassin olympique. Une consécration d’un parcours commencé en 1968, quand elle avait 16 ans et qu’elle a poussé la porte du club de Cognac, celui des frères Vandernotte (médaillés olympiques en 1936), de Bernard Bruand ou de Thierry Louvet. Elle faisait déjà de l’athlétisme, mais le club ne fonctionnait pas en hiver, aussi elle a suivi une amie qui pratiquait déjà l’aviron. À l’époque, il y avait une dizaine de filles au club. « Il y avait une ambiance très conviviale », insiste Françoise Whittington.
Les résultats sont arrivés assez rapidement avec une place de 2e aux championnats de France cadettes en deux de couple. Première médaille d’une longue série avec, dès 1970, un titre de championne de France en quatre de couple. Le bac en poche, elle décide d’entamer des études pour devenir prof d’EPS. « En 1972-1973, comme j’avais déjà quelques résultats, je me suis retrouvée à l’Insep, dit-elle. On était une petite promotion dans laquelle il y avait Guy Drut (champion olympique 1976 du 110 m haies). L’Insep avait une base nautique pour ramer sur la Marne. On s’entrainait tous les jours, on faisait déjà de la musculation, mais on ne s’entrainait pas deux fois par jour. ».
La finale ratée pour 29 centièmes
Sélectionnée pour les Championnats du monde de Nottingham 1975 en deux de couple avec Corinne Le Moal (future finaliste olympique en skiff aux Jeux de Barcelone en 1992, connue aujourd’hui sous le nom de Corinne Meadmore, une des fidèles de l’AIA), elle termine 6e de la finale. Un bateau avec lequel elle disputera les Jeux de Montréal, mais avec une autre coéquipière, Josianne Rabiller.
« On avait appris avant les Jeux que l’objectif de la fédération était de qualifier deux quatre (couple et pointe) femmes pour Montréal, se souvient la Cognaçaise. Je n’étais pas dans un de ces bateaux, mais dans un double. La qualification devait se jouer lors des régates de Lucerne. Les deux quatre n’y sont pas parvenus, mais nous, on a décroché notre sélection en terminant à la troisième place. ».
C’était la première fois que les femmes étaient admises aux Jeux olympiques en aviron. L’aviron a longtemps traîné une réputation de sport misogyne, mais Françoise Whittington ne garde pas cette image. « Je n’ai aucun souvenir que cela m’ait gênée, pourtant, j’étais féministe… ».

Montréal 76 a été le grand moment de sa carrière. « J’en garde un très bon souvenir. », continue celle qui était alors entraînée par Henri Helal. « Cela a été pour moi un très grand plaisir de découvrir la grande diversité des Jeux olympiques, à tous les points de vue, culturel, physique, gastronomique, tout était différent. En compétition, on s’est classé neuvièmes. On avait raté la qualification pour la finale olympique de 29 centièmes. ».
Françoise Whittington ne garde pas de souvenir des autres courses en tant que telles. Sinon celle du huit Allemand de l’Ouest. Pas tant pour son résultat (4e) que pour son chef de nage, Reinhard Wendemuth, qui deviendra son compagnon.
Les Jeux terminés, Françoise range ses pelles. « J’étais prof. d’EPS depuis 1975 », explique-t-elle. « J’ai voulu continuer une année de plus pour aller aux Jeux, mais je n’avais pas l’intention d’aller au-delà. Je n’avais pas envie, je souhaitais me consacrer à d’autres activités, la musique (elle joue du saxophone), les voyages, j’avais envie de découvrir d’autres sports, j’ai fait du volley, du tennis. Je suis peu restée dans le milieu, sinon quand je revenais en Charente et que j’allais au club… ». Pas étonnant, c’est une des particularités de l’aviron : les athlètes sont très attachés à leur club, bien plus que dans d’autres sports. Et en ce sens, Françoise Whittington n’a pas échappé à la règle.
Marc Ventouillac
Palmarès international de Françoise Whittington :
1976 – Jeux olympiques – 2X – 9e
1975 – Championnats du monde seniors – 2X – 6e
1974 – Championnats du monde seniors – 2X – 10e


