Reconversion des Rameurs Tricolores - Témoignage de Myriam Lamolle

(À écouter en podcast sur Spotify : https://open.spotify.com/episode/7I6IHQbX3YIjCYYmbF1AyF?si=nBdq-0r0Rzar7YviVUNEiw)
Merci de nous présenter les points-clés de votre parcours de reconversion.

Je suis aujourd'hui directrice-adjointe du Centre Génie Industriel de l'IMT Mines d’Albi, professeure d'université en informatique, vice-présidente de l'Association des Internationaux d'Aviron, et entraîneur bénévole à l'Aviron Club Albigeois.
Mon parcours de reconversion a été facilité par l'ouverture du pôle France Aviron à Toulouse en 1993, au moment même où je démarrais ma thèse en informatique. Membre du pôle France de 1993 à 2000, j'ai décroché sélection en équipe de France dès 1993, participé aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996, décroché une sixième place aux championnats du monde en 2 de couple poids léger en 1997 avant de devenir championne de France toujours en 2 de couple en 1998 — la même année que j'obtenais mon doctorat en informatique à l'Université Paul Sabatier. Ma carrière professionnelle s'est ensuite construite étape par étape : maître de conférences en 2000, cheffe de département, puis directrice de l'IUT de Montreuil, membre du conseil d'administration de l'Université Paris 8, et aujourd'hui directrice adjointe recherche à l'IMT Mines Albi, où je viens d'être acceptée dans l'incubateur de l’IMT pour créer une start-up. J'ai aussi présidé l'Association des Internationaux d'Aviron de 2015 à 2025.
Quel dispositif avez-vous mis en place pour anticiper et préparer votre reconversion ? En quoi votre parcours personnel est-il cohérent avec le poste/projet occupé aujourd’hui ou visé ?
J'ai commencé l'aviron très tôt, dans un club où les entraîneurs n'avaient pas la notion des moyens à mettre en œuvre pour faire une carrière de haut niveau. J'ai donc toujours eu un double parcours sport/formation assez équilibré, qui m'a permis de participer aux championnats de France tout en réussissant le concours de l'École Normale d'instituteur.

Ma vraie carrière de sportive de haut niveau a commencé en 1992/1993, grâce à l'ouverture du pôle France Aviron à Toulouse — une opportunité que je ne pouvais pas laisser passer. Le directeur du pôle, Jacques Tarborski, m'a fait comprendre l'engagement nécessaire pour atteindre la performance. Sachant que ce sport amateur ne me permettrait jamais d'en vivre, je me suis fixée deux objectifs en parallèle : devenir enseignante-chercheuse en université, et intégrer l'équipe de France pour les Jeux d'Atlanta 1996.
J'ai donc commencé un doctorat en informatique au moment même de mon entrée au pôle. Mon directeur de recherche s'est montré très compréhensif sur mes aménagements d'horaires et mes absences pour participer aux stages, à une époque où la visio n'existait pas encore. Le directeur du pôle, de son côté, adaptait mes entraînements à mes horaires du laboratoire de recherche. Les deux parties m'ont fait entièrement confiance pour gérer un planning chargé, avec deux entraînements par jour — Toulouse ayant l'avantage de réunir l’université, le pôle et le CREPS à quinze minutes les uns des autres, à vélo. L'année olympique a été plus compliquée à gérer, avec davantage de stages ; j'ai alors priorisé ma préparation sportive, en m'engageant à me consacrer pleinement à ma thèse l'année suivante.
Quels apports associés à votre carrière de sportive de haut niveau vous ont aidé à développer votre projet ? Et en particulier, précisez les compétences développées pendant votre parcours sportif que vous pouvez mobiliser ou pensez pouvoir mobiliser dans votre projet professionnel.
Ma carrière de sportive de haut niveau m'a beaucoup apporté par les rencontres qu'elle a permises — en particulier avec Eberhard Mund, capitaine des équipes de France, qui m'a fait prendre conscience des moyens à mettre en œuvre pour atteindre ses objectifs. J'y ai acquis la ténacité, la rigueur, l'adaptabilité, le sens de l'organisation et du collectif, l'écoute des autres et la prise de décision argumentée — des compétences que j'utilise encore aujourd'hui dans ma carrière professionnelle.
Selon vous, quels sont les principaux points saillants et différenciant de votre parcours de reconversion professionnelle (salariat, entrepreneuriat ) ?
J'ai eu un parcours atypique : je suis devenue sportive de haut niveau à un âge où l'on pense plutôt reconversion. J'étais parfaitement consciente que mon appartenance à l'équipe de France ne durerait pas une dizaine d'années, ce qui m'a poussée à penser tout de suite à l'après. J'avais déjà bifurqué de mon projet initial — devenir institutrice — vers l'enseignement supérieur, conseillée par mon directeur d'École Normale pour compléter l'enseignement par la recherche et l'innovation. Mon directeur d’équipe de recherche, le Professeur Pierre Bazex, m'a lui aussi toujours orientée vers la recherche appliquée, ce qui m'a mise en relation avec des entreprises et leurs départements recherche et développement ; j'encadre aujourd'hui régulièrement des doctorants en thèse « CIFRE ».
Quels enseignements personnels, quelles recommandations retirez-vous de votre parcours ? Quelles suites voulez-vous lui donner ?
À chaque étape de ma progression, sportive comme professionnelle, j'ai essayé d'anticiper et d'écouter les personnes autour de moi. Si j'ai un conseil à donner aux sportifs de haut niveau, c'est bien celui-là : « anticiper ». On ne sait jamais à quelle échéance on va arrêter sa carrière — parfois brutalement, à cause d'une blessure — et se former en parallèle du sport permet de garder un équilibre, y compris si l'objectif sportif n'est pas atteint. Le sport de haut niveau développe des soft skills très appréciées en entreprise : organisation, rigueur, adaptabilité, esprit collectif. Je m'en sers encore aujourd'hui pour manager mon équipe de recherche.
J'ai aujourd'hui deux projets qui me tiennent à cœur. Le premier, autour de mon engagement à l'Association des Internationaux d'Aviron : en premier lieu, proposer des bourses aux juniors et espoirs en devenir, pour les accompagner à la fois vers l'équipe de France et vers leur futur métier — l'importance d'anticiper sa reconversion est au cœur de cette action. Le second est la création de ma start-up en informatique, avec des collègues de l'IMT Mines d’Albi, dans le cadre de l'incubateur et suite à l'obtention du prix « Up to Start ».
Merci, Myriam


