Sébastien Clert, carrière prometteuse, désillusion et rebond
- AIA
- 2 janv.
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Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Sébastien Clert a choisi les études au détriment de sa carrière prometteuse en aviron. Un choix difficile, à un moment difficile. Aujourd'hui, il raconte son parcours et souhaite accompagner les plus jeunes pour leur montrer que tout est possible. S'appuyer sur son histoire, analyser ses convictions limitantes et en faire une force pour aider les autres. Voici l'histoire de Sébastien Clert.
Sébastien, comment es-tu arrivé à l'aviron ?
J'ai commencé l'aviron à l'âge de 11 ans, en benjamin, au club de l’Émulation Nautique de Bordeaux. Je cherchais un nouveau sport après avoir arrêté la natation. Dès la première année, j'ai eu l'opportunité de barrer un quatre barré sénior lors des championnats de France d'aviron sprint à Mâcon. Le virus était pris... Les copains, les régates et les premières victoires en minime m'ont donné l'envie de poursuivre.
Peux-tu nous dire ce que l'aviron t'a apporté dans ta vie ?
Beaucoup de choses. Parmi les évidentes, l'apprentissage de l’effort et du dépassement de soi. Le plaisir dans l'engagement et dans la discipline. Apprendre également à se fixer des objectifs et à mettre en œuvre des moyens et actions pour les atteindre.
Et bien sûr, la vie de groupe : comment vivre en équipe, en apportant sa pierre à l'édifice et en faisant confiance à l'autre pour en faire autant... Cela développe l'esprit d'équipe et la solidarité. Mes coéquipiers de jeunesse sont des amis solides de ma vie d'adulte.
Parmi les apports plus profonds, l'aviron m'a apporté une intime connaissance de moi, de ma personnalité dans l'épreuve et m'a fait développer une résilience psychologique notamment face à l'échec. J'ai appris à rebondir en gardant ma confiance. Mais aussi, à mettre mon énergie au profit d'une équipe et au profit d'un projet.
En résumé, l'aviron m'a apporté une famille fidèle et solidaire, des amis pour la vie, partout en France et au-delà.

Comment es-tu arrivé en équipe de France ?
Naturellement, par l'entrainement régulier et les résultats avec le club. En étant champion de France cadet (U16), j'ai été convoqué à un premier regroupement U18. Nous avions eu cette chance de partir en Allemagne, dans les montagnes bavaroises pour une semaine de ski de fond et de préparation physique avec d'autres juniors allemands. Ce premier rapport "international" a été fondateur pour moi du goût du voyage et de la rencontre par le sport.
Puis les stages et les sélections ont continué, passant toujours par Cazaubon et Aiguebelette en bateaux courts.
En Junior première année (U17), notre deux sans barreur, champion de France cadet, a terminé 4e en finale du championnat du monde Junior. Cela a été la découverte de la haute performance. Le Canada, vainqueur, avait à sa nage le recordman junior du 2000m indoor de l'époque, futur vice-champion olympique 2008 en 2 sans barreur avec le Canada. J'ai pu voir l'écart avec les tous meilleurs mondiaux et en même temps, constaté que notre programme d'entrainement d’Eberhard Mund était plus qu’efficace pour nous amener au top de notre potentiel pour la dernière course de la saison.
En junior deuxième année, l'ambition avait grandi après l'expérience précédente. Vainqueur des Tests nationaux et vainqueur des régates internationales, je suis associé cette fois en 4 avec barreur avec les meilleurs français. Nous terminons 3e et médaille de bronze. Bizarrement, de monter sur le podium a été une grande frustration car la couleur n'était pas la bonne... Les Roumains et les Allemands étaient pour autant de valeureux adversaires. Cela a nourri ma motivation pour le passage en senior.
En première année senior, une place de 5e en finale des tests nationaux à Cazaubon, sans pression et avec la fougue de la jeunesse, m’ont ouvert les portes du collectif Senior dès ma première année. Cela m'a mené dans le 8+ français toute la saison de Coupe du monde (Duisbourg, Munich, Hazewinkel) et avec Sydney 2000 en perspective pour notre génération.

Je participe aux Championnats du Monde à Cologne, finalement en 4+, contre les légendes anglaises et australiennes de la discipline, 4e en finale B, un sacré baptême, et un super souvenir avec un collectif en Pointe étoffé, avec un mélange de « vieux » et de jeunes U23. L’ambiance et l’émulation étaient super.
Puis, au gré des blessures, j’ai effectué deux saisons dans le collectif U23 :1998 - 4e en 8+, puis en 1999 - 3e et Bronze en 4-, face à la Slovénie et à la Roumanie, futurs médaillés olympiques.
Je réalise un dernier pied de podium en finale du championnat du monde universitaire, deux ans plus tard, pour venir clore mon parcours sous les couleurs de l'équipe de France.
La non-qualification à Sydney, sans que je sois engagé à la régate de qualification de Lucerne, m'a amené à réfléchir à mon avenir et à revoir mon engagement dans le sport de haut niveau.
Justement, quand as-tu pensé à ton après-carrière sportive et comment l’as-tu organisée ?
L'aviron est un sport qui exige un engagement total dans l'entrainement, chaque jour, deux fois par jour, et cela reste une pratique « amateur », par laquelle on ne peut pas vivre, matériellement. Et j’ai eu cet investissement dès l’âge de 15 ans.
Mais j'ai fait le choix de consacrer mon énergie à mes études à un moment où l’important était de construire un futur autour d'un métier.
Comme je l'ai dit, dans mon cas, la transition n'a pas été douce. Ma perception d'avoir raté la qualification olympique a été source de doute. Perte de confiance, en moi, en ma capacité à assumer l'investissement nécessaire. Et aussi, à ce moment, une conviction limitante que c'était soit sport de haut niveau, soit études et avenir professionnel. Et que je ne pourrai pas cumuler les deux.
Je pense que si j'avais eu un accompagnement psychologique à cette époque, j'aurais pu mieux cerner mon projet et mon organisation.
J'ai totalement basculé dans les études pour valider mes diplômes, et l’entrainement est passé au second plan. Mais j’avoue qu’il m'en reste un léger goût d'inachevé. La fin des études et mes débuts dans ma carrière professionnelle dans l'ingénierie ont été un soulagement et le début de l’après-carrière.

Et maintenant, que fais-tu professionnellement ?
Depuis maintenant sept années, j'accompagne des managers et des sportifs à potentiel, en accession haut niveau et/ou professionnels, sur le volet de l'optimisation de la performance. Mes interventions et accompagnement se basent sur les sciences du sport et la psychologie. Préparateur mental, coach mental, optimisateur de la performance... et aussi instructeur de méditation Pleine Conscience, si puissant pour la régulation attentionnelle et émotionnelle.
Avant cela, après mes études, j'ai travaillé dans l'ingénierie et l'architecture pendant plus de 15 ans. De la construction de bâtiments universitaires, de logements, d'équipements sportifs et culturels, de cathédrales (ça ce n’est arrivé qu’une seule fois) 😀.
Une anecdote : j'ai pu participer au concours d'architecture de la base nautique et de la tour d'arrivée de la base de Libourne qui a accueilli de nombreux championnats de France et régates internationales depuis. Mais notre projet, classé second à l'époque, était trop cher !
Ces années d'architecture ont enrichi ma pratique de la gestion de projet, de la fixation d'objectifs et fortement de la dynamique d'équipe et du management de performance.
Quel est l'héritage de l'aviron dans ton activité professionnelle aujourd'hui ?
L’organisation du travail en mode projet, avec « ambition/échéances/moyens/évaluation » comme process, l’attrait pour le travail en équipe avec l’esprit du « NOUS » et du collectif très ancré. Et une forme de ne jamais lâcher, de toujours s’accrocher...
À présent, j'ai décidé d'utiliser mon expérience au profit des nouvelles générations, en m'adressant directement aux individus et aux équipes qui veulent performer durablement.
Mener de front haut niveau sportif et formation est souvent difficile en aviron. Quels sont tes conseils pour y arriver ?
Rien que de parler de cette difficulté aide à la vigilance. Mes conseils seraient de :
bien connaître et cerner son projet et le sens donné à l’action ;
conscientiser ses intentions de réussite, ses attentes et le chemin pour y arriver ;
s’organiser et planifier ses semaines, ses mois et ses saisons, dès le début d’une année, en ayant bonne connaissance des périodes chargées, des périodes moins denses pour gérer son énergie et ses priorités ;
planifier les vacances et la récupération.
C’est très rigoureux mais c’est une recette vers l’excellence.

Quelle place occupe l'aviron pour toi aujourd'hui ?
Après quelques années sans pratiquer à cause d'une blessure au dos, je pratique en master, surtout en aviron de mer. Le plaisir de glisser sur l’eau est intact, mais aussi nécessaire 1 à 2 fois par semaine pour moi. Je suis devenu élu au sein du comité directeur, puis président de mon club, l'Aviron Arcachonnais, depuis 4 ans. C’est une autre façon de faire vivre ma passion et de transmettre à différents publics, notamment les scolaires et les jeunes de l’école d’aviron. J’agis plus pour la promotion de l’aviron comme un support d’épanouissement, d’inclusion, de longévité et de santé.
Tu travailles dans la préparation mentale actuellement, quels conseils donnerais-tu aux rameuses et rameurs, pour intégrer cette dimension ?
Une rameuse ou un rameur aujourd’hui ne peut pas se limiter à un bon physique et à une bonne technique. La performance ne peut passer que par un bien-être de l’être humain et ce volet mental permet de renforcer ce bien-être.
Le monde de la haute performance est rude : connaissance de soi, alignement des valeurs, santé mentale, résilience au service de la performance sportive et du bien-être sont indispensables.
Il ne faut pas attendre de se sentir mal ou en décalage avec le contexte du Haut niveau, ni se dire de serrer les dents en souffrant d’une forte anxiété de réussite. Ce sont des compétences à développer dès l’adolescence.
As-tu eu un regret, un échec qui t'a fait rebondir durant ta carrière sportive ?
L’échec olympique m’a fait rebondir et a motivé ma discipline pour mes 5 années d’études universitaires. Un mal pour un bien.
Pour finir, as-tu une anecdote à nous partager de tes années de rameur ?
Tellement de bons souvenirs....
En 1998, pendant la Régate Royale d'Henley dans le « Grand Challenge » en 8+. En demi-finale, nous affrontons l’équipage anglais, en 1 contre 1. Battre les Anglais chez eux, dans ce cadre mythique, avec notamment Olivier Moncelet et Bertrand Vecten, en pointe de bateau et devant une foule de plus de 50 000 spectateurs mise au silence par notre victoire d’une courte longueur… C’était assez mémorable pour un jeune rameur international de 19 ans.


