La reconversion des Rameurs Tricolores : Le témoignage de Marion Pescourie

(À écouter en podcast sur Spotify : https://open.spotify.com/episode/2pO1gqTon6ydloTNHN2duH?si=07dl5Vu5Q1qwPAq0EMlhIQ)
Un parcours entre haut niveau et ingénierie
Merci de nous présenter les points-clés de votre parcours de reconversion

Athlète de haut niveau en aviron, j'ai démarré ma carrière sportive dès mes 15 ans, avant de rejoindre l'équipe de France junior en 1990 à 17 ans. J'ai participé aux championnats du monde junior 1990 et 1991, universitaires 1992, puis séniors en 1994 et en 1996.
En parallèle, après un bac obtenu en 1990 à 17 ans, j'ai choisi de le repasser en 1991 pour obtenir une mention et intégrer l'école de mon choix : l'INSA de Lyon, une des rares écoles d'ingénieur à proposer un vrai double cursus sport-études. J'en suis sortie diplômée ingénieur en Génie Mécanique en 1998, après avoir dédoublé mes années d'études pour tenir les deux fronts. En 2004, j'ai complété ce parcours par un DESS en administration d'entreprise à l'IAE d'Aix-en-Provence. Depuis 2014, je suis manager, aujourd'hui responsable d'un service d'ingénierie chez Naval Group à Toulon.
Comment j'ai préparé cette reconversion
Quel dispositif avez-vous mis en place pour anticiper et préparer votre reconversion ? En quoi votre parcours personnel est-il cohérent avec le poste occupé aujourd’hui ?

J'ai toujours été attirée par le management et la transmission. Dès l'INSA, j'étais porte-parole des sportifs de haut niveau auprès du Bureau des Sports, puis représentante au CROS Rhône-Alpes et à la commission universitaire de la Fédération Française d’Aviron. J'ai passé mes diplômes d'entraîneur, et suis devenue coach des universitaires — en particulier en mettant en place un huit féminin avec des filles qui n’avaient jamais ramé et avec qui nous avons sillonné l'Europe pour les régates universitaires. Nous avons même créé notre propre association, la BRIL, pour financer nos déplacements.
Suivre de front le sport de haut niveau et des études d'ingénieur exigeantes, cela voulait dire dédoubler un cycle de 2 ans en 3 années, puis un cycle de 3 ans en 4 années. Je me souviens d'un cours de physique qui supposait un prérequis de maths que j'avais... au semestre suivant ! Mes semaines comptaient déjà 10 à 12 entraînements. Je pouvais courir le matin, aller en cours, m'entraîner sur l'eau, enchaîner sur une séance de musculation, dormir un peu, puis me relever vers minuit pour travailler une à deux heures en pleine nuit. Mais j'étais motivée, et j'ai obtenu mon diplôme sans trop de difficultés.
J'ai démarré comme ingénieur Méthodes dans l'industrie pharmaceutique. Après un licenciement économique en 2003, j'ai choisi de me réorienter vers le management via l'IAE d'Aix-en-Provence. J'ai ensuite occupé plusieurs postes de responsable de bureau d'études et de service, notamment chez ECA Robotics puis Naval Group, jusqu'à mon poste actuel à Toulon.
Ce que le sport de haut niveau m'a apporté
Quels apports associés à votre carrière de sportive de haut niveau vous ont aidé à développer votre projet ? Et en particulier, précisez les compétences développées pendant votre parcours sportif que vous pouvez mobiliser ou pensez pouvoir mobiliser dans votre projet professionnel.
Le sport de haut niveau inculque un vrai goût de l'effort. Il m'a fallu sortir souvent de ma zone de confort, m'investir pleinement pour réussir face à d'autres équipages. Assez vite, je me suis fixé des objectifs, et la planification de mes entraînements m'a permis d'obtenir mon bac avec un an d'avance, puis une seconde fois pour intégrer l'INSA. Force de caractère, pugnacité, capacité à décider sous pression : ces compétences m'aident aujourd'hui à faire face à des situations professionnelles complexes.
Je me rappelle avoir passé mes examens condensés sur une seule journée, quand mes camarades les étalaient sur plusieurs jours, pour pouvoir repartir en stage avec l'équipe de France. J'ai travaillé la nuit, dans les bus, en déplacement, quand d'autres l'étaient peut-être moins.
Si je regarde mon parcours aujourd'hui, je dirais que la résilience est une de mes forces : elle se construit face aux défaites, aux blessures, aux périodes de doute. Accepter l'adversité, se relever, continuer — cette capacité me permet d'être une meilleure manager et d'accepter le droit à l'erreur de mes collaborateurs, quand ces erreurs deviennent des opportunités d'amélioration. Une autre force vient de mon parcours d'entraîneur dans un sport collectif : « faire un quand on est huit ». J'utilise au quotidien cette capacité à fédérer une équipe autour d'un objectif commun.
Les points saillants de ma reconversion
Selon vous, quels sont les principaux points saillants et différenciant de votre parcours de reconversion professionnelle (salariat, entrepreneuriat )?

Mon parcours a toujours été cohérent : à 17 ans déjà, mon but était de continuer le sport à haut niveau tout en suivant des études exigeantes, pour avoir un emploi à la sortie de ma carrière sportive. Mener de front ces deux exigences m'a fait utiliser, sans le savoir, toutes les compétences de gestion de projet — planification, jalons, alternance de périodes intenses et creuses — devenues utiles au quotidien d'un manager.
Un autre point différenciant : ma capacité à transformer les obstacles en opportunités. Après mon licenciement économique, j'ai fait le choix stratégique de compléter mon profil technique par une formation en management. Ce double cursus SHN et manager constitue aujourd'hui un profil différenciant, combinant adaptabilité, leadership et capacité à conduire des projets complexes.
Ce que je retiens, et la suite
Quels enseignements personnels, quelles recommandations retirez-vous de votre parcours ? Quelles suites voulez-vous lui donner ?
Répondre à ces questions m'a fait prendre conscience du chemin parcouru depuis mes débuts à l'aviron. Travailler sa reconversion sans forcément s'en rendre compte, dans la continuité de ses études, a été une grande chance pour moi. Je ne remercierai jamais assez ma famille, qui m'a orientée vers l'INSA de Lyon, et Robert Vanel, alors directeur des sports de l'INSA, qui avait fait vivre la devise « un esprit sain dans un corps sain » à travers la section sport-études.
Aujourd'hui, je conseille à mon tour de jeunes rameurs dans leurs études et leur réflexion de reconversion. Je participe aux rencontres Sport de Haut Niveau de l'INSA de Lyon, je suis présidente de mon club, l'Aviron Seynois, et je siège dans les instances fédérales, où je contribue au développement de l'aviron de mer — discipline qui sera aux JO de Los Angeles 2028. Enfin, je m'investis dans la promotion des sciences auprès des jeunes filles, en tant que marraine de l'association « Elles bougent ».


