Reconversion des Rameurs Tricolores - Témoignage de Yves Hocdé

(À écouter en podcast sur Spotify : https://open.spotify.com/episode/6788Zkqpyptd1ZYDrZ5F00?si=xLguxqNzSSukVhnUHNm_uA)
Pouvez-vous nous présenter les points-clés de votre parcours de reconversion
Un palmarès international, une carrière au service de l'État

J'ai débuté l'aviron en 1985 au Cercle de l'Aviron de Nantes, où j'ai réalisé toute ma carrière, principalement en quatre sans barreur poids léger. Les deux résultats qui comptent le plus pour moi sont mon titre de champion olympique à Sydney en 2000 et mon titre de champion du monde à Lucerne en 2001, année où j'ai mis un terme à ma carrière sportive.
Sur le plan professionnel, j'ai été étudiant, salarié et sportif de haut niveau en même temps, en livrant des pizzas de 1990 à 1997. J'ai ensuite obtenu le concours de professeur de sport en 1997, avant d'enchaîner les fonctions : conseiller technique régional en aviron en Basse-Normandie, conseiller d'animation sportive en Rhône-Alpes en charge du suivi et de la reconversion des sportifs de haut niveau, DTN adjoint des sports de glace pour la préparation des JO de Turin, DTN de la Fédération française de squash, puis inspecteur de la jeunesse et des sports. Depuis, j'ai occupé plusieurs postes de haut fonctionnaire — sous-préfet directeur de cabinet dans la Drôme, sous-préfet de l'arrondissement de Gap, à la préfecture de Police — jusqu'à mon poste actuel de sous-directeur à la DGSCGC et chef du service central des armes et explosifs au ministère de l'Intérieur.
Quel dispositif avez-vous mis en place pour anticiper et préparer votre reconversion ? En quoi votre parcours personnel est-il cohérent avec le poste/projet occupé aujourd’hui ou visé ?
Comment j'ai préparé cette reconversion
L'aviron est pour moi bien plus qu'une passion : c'est un équilibre de vie depuis toujours. N'étant pas un sport professionnel, penser l'après s'imposait naturellement — d'autant qu'une blessure pouvait tout arrêter du jour au lendemain. J'ai donc toujours construit ma vie en menant plusieurs projets en parallèle, tout en me créant des échappatoires. Au lycée, sélectionné pour les championnats du monde junior, j'étais déjà salarié à temps partiel comme livreur de pizzas, pour disposer d'une autonomie financière et d'une expérience professionnelle à valoriser si les études n'aboutissaient pas.

Le concours de professeur de sport, réussi en 1997, m'a donné un statut de fonctionnaire avec un aménagement de temps de travail pour continuer à m'entraîner — une perspective de stabilité pour l'après-carrière. À l'arrêt de ma carrière en 2001, je suis sorti du monde de l'aviron pour un poste de suivi des sportifs de haut niveau en Rhône-Alpes, une expérience riche en rencontres qui m'a ouvert de nouveaux horizons. Depuis, j'ai suivi trois constantes : élargir mon champ d'activités, rechercher des postes à responsabilités, et rechercher des fonctions à forte dimension managériale. J'ai eu la chance de toujours avoir le choix de mes orientations professionnelles, sans jamais connaître de période sans activité.
Quels apports associés à votre carrière de sportive de haut niveau vous ont aidé à développer votre projet ? Et en particulier, précisez les compétences développées pendant votre parcours sportif que vous pouvez mobiliser ou pensez pouvoir mobiliser dans votre projet professionnel.
Ce que le sport de haut niveau m'a apporté
La définition d'objectifs et la construction d'un programme pour les atteindre restent la clef de voûte de mon activité professionnelle, dans laquelle je m'engage comme le ferait un entraîneur. Le besoin d'articuler mes différents temps de vie — personnel, professionnel, étudiant, sportif — m'a façonné depuis toujours, et cette gestion du temps reste essentielle aujourd'hui pour optimiser mes journées.
La détermination, la motivation et l'engagement sont des valeurs que j'ai développées dans le sport et que je cherche à faire partager dans le monde professionnel, où elles n'ont pas toujours la même valeur intrinsèque. J'ai été rameur mais aussi entraîneur, et la gestion des hommes reste une réelle source de satisfaction, en particulier dans la fonction publique où les leviers managériaux ne sont pas toujours les plus adaptés. L'exigence et la culture du résultat, acquises comme sportif de haut niveau, sont des fondamentaux que je cherche à incarner et à transmettre à mes collaborateurs — tout comme le goût de la remise en question permanente pour continuer à progresser.
Selon vous, quels sont les principaux points saillants et différenciant de votre parcours de reconversion professionnelle (salariat, entrepreneuriat ) ?
Les points saillants de ma reconversion
Je pense avoir correctement géré l'articulation entre carrière sportive et carrière professionnelle. Grâce à mon statut de fonctionnaire, je n'ai pas vécu de rupture entre le temps sportif et la poursuite professionnelle : mon métier m'a offert une continuité dans la reconnaissance sociale. Le point le plus saillant reste sans doute mon évolution au sein de la fonction publique, depuis mon poste de conseiller technique sportif en aviron jusqu'à celui d'administrateur de l'État aujourd'hui, avec des fonctions à forts enjeux et responsabilités. Je suis convaincu que mon parcours de sportif de haut niveau m'a armé pour cette évolution.
Quels enseignements personnels, quelles recommandations retirez-vous de votre parcours ? Quelles suites voulez-vous lui donner ?
Ce que je retiens

Dans la vie sportive comme professionnelle, les résultats obtenus sont toujours le fruit d'un travail d'équipe ou d'un collectif, même si tout le monde n'est pas exposé à la lumière. J'ai eu, dans les deux parcours, de très belles rencontres avec des personnes qui éclairent, inspirent, accompagnent et soutiennent — elles ont contribué à mes réussites et accompagné mes périodes de doute. L'engagement est l'une des clefs de la réussite. L'épanouissement, la satisfaction, la pression, les émotions et la remise en cause, si fortes dans l'activité sportive, je les retrouve tout aussi pleinement dans l'activité professionnelle : les mêmes énergies de sportif de haut niveau.
Je suis aujourd'hui au service du public, tourné vers les autres — c'est un choix de vie. Mon parcours illustre pour moi ce que la République sait produire avec des résultats : l'école, le sport et le travail.


